Lilia Hassaine réécrit Jane Eyre et se retrouve d’entrée dans la première liste du Goncourt

On connaissait surtout Lilia Hassaine pour Panorama, ce thriller d’anticipation qui imaginait une France sous surveillance totale et lui avait valu le Renaudot des lycéens en 2023. La revoilà avec un quatrième roman, Je, paru le 20 août chez Gallimard, dans la collection Blanche. Et cette fois, elle s’attaque à un monument : Jane Eyre, le classique de Charlotte Brontë.

Le pari est risqué. Réécrire un roman de 1847 aussi lu, aussi commenté, ça peut vite tourner à l’exercice de style un peu vain. Sauf que Hassaine ne recopie pas Brontë, elle la retourne. Elle prend le personnage qu’on n’entend jamais, la première femme de Rochester, celle qu’on enferme au grenier et qu’on traite de folle, et elle lui rend une voix. On la suit sous le nom d’Antoinette Cosway, jeune Créole de bonne famille, dans la Jamaïque de 1831, quand la passion pour cet Anglais fascinant et fermé bascule vers autre chose. Le résultat tient à la fois du roman victorien et du thriller intime, ce qui n’était pas gagné d’avance. La romancière a ce talent, depuis Soleil amer, de faire entrer les grandes fractures dans une fiction très tenue, sans jamais alourdir.

Il faut dire qu’elle sait de quoi elle parle quand il s’agit de littérature. Née en 1991 à Corbeil-Essonnes, passée par l’Institut français de presse, elle a longtemps chroniqué dans Quotidien avant d’animer aujourd’hui l’émission Aux livres etc. sur France Inter. Bref, elle vit dans les livres, et ça se sent dans sa façon de dialoguer avec un texte fondateur plutôt que de le singer.

Je, de Lilia Hassaine (Gallimard)

Le roman est en librairie depuis le 20 août, et si vous voulez vous faire un avis avant le verdict du Goncourt :

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Le résultat n’est pas passé inaperçu. Je figure dans la première sélection du prix Goncourt 2026, dévoilée le 2 septembre : seize romans en lice, dont le sien, aux côtés de Philippe Jaenada ou Yannick Haenel. Et ce n’est pas tout, puisqu’on le retrouve aussi dans les premières listes du Jean Giono et de l’Interallié. Pour un livre, cumuler les trois d’un coup, c’est loin d’être courant.

Jusqu’où ce Je ira, personne ne le sait encore. Le Goncourt affine ses listes au fil de l’automne et le nom du lauréat tombera le 3 novembre chez Drouant. Rien n’est joué, et l’académie a souvent l’art de surprendre.

Faut-il l’attendre ? Si vous avez aimé la précision froide de Panorama, vous serez sans doute un peu déroutés : Je joue une autre partition, plus feutrée, plus tournée vers l’intime. Mais pour qui aime les auteurs qui prennent des risques et revisitent nos classiques sans les trahir, celui-là mérite clairement une place sur la pile de chevet.

Crédit photo : Gallimard