M83 nous écrit une lettre et revient à la chambre d’ado où tout a commencé

Vendredi, Anthony Gonzalez sort le dixième album de M83. Il s’appelle « I Wrote You A Letter », neuf titres, et c’est le premier disque du projet depuis « Fantasy » en 2023.

Pour ceux qui auraient loupé les vingt-cinq dernières années : M83, c’est ce garçon d’Antibes qui a passé les années 2000 à empiler des nappes de synthés jusqu’à ce que la planète entière fredonne « Midnight City » en 2011. Après, il y a eu Hollywood, les bandes-son de « Oblivion » et de « Divergente », les concerts géants, les chœurs d’enfants et les saxophones triomphants. La grande machine à frissons.

Et là, il fait exactement l’inverse. Gonzalez explique avoir commencé cet album sur des démos bricolées à l’été 2024, avec une seule idée en tête : retrouver l’immédiateté de ses tout premiers enregistrements, ceux qu’il faisait seul dans sa chambre, avec les imperfections et la liberté de composer sans que personne n’attende rien. Pas de cahier des charges, pas de tube à livrer. Juste l’envie de recommencer petit.

C’est courageux, quand on y pense. À vingt-cinq ans de carrière, la tentation logique serait de refaire un « Hurry Up, We’re Dreaming » bis, plus gros, plus long, plus de tout. Lui préfère rentrer dans la coquille. Le disque a été façonné avec Clément Libes, Joe Berry et Benoît De Villeneuve, et sort sur son propre label, Other Suns. On sent une envie d’être chez soi, tranquille.

M83 - Hurry Up, We're Dreaming (vinyle)

En attendant vendredi, le grand frisson de M83 reste ce double album de 2011, celui de Midnight City :

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Les titres donnent déjà le ton : « Blister Sunrise », « Soldiers of Lust », « Traces of Love », « Feeding Time ». Du M83 pur jus, ces images un peu floues, adolescentes, mélancoliques, qui évoquent des étés qu’on n’a jamais vécus mais qu’on croit se rappeler. Aucun single n’a filtré avant la sortie, ce qui est presque un geste politique aujourd’hui. Personne ne vous prémâche le truc. Vous découvrirez les neuf morceaux d’un bloc, dans l’ordre, comme un vrai album.

Alors est-ce que ce retour aux sources tiendra sur la longueur ou est-ce qu’il nous manquera vite les grands emballements ? Impossible à dire tant qu’on n’a pas les oreilles dedans. Mais l’intention est belle, et le meilleur de M83 a toujours été cette nostalgie qui prend à la gorge, celle qui n’a jamais eu besoin d’un gros budget.

Rendez-vous vendredi, casque sur les oreilles, lumière tamisée. C’est le genre de disque qui se mérite un soir plutôt qu’un matin.

Crédit photo : M83 / Other Suns