La Statue de la Liberté est née à Paris, et le musée d’Orsay raconte enfin l’obsession de son sculpteur

On la croit américaine. Elle est alsacienne. La dame de cuivre qui veille sur le port de New York est sortie de la tête d’Auguste Bartholdi, un sculpteur né à Colmar en 1834, et le musée d’Orsay lui consacre à partir du 15 septembre une exposition qui court jusqu’au 31 janvier 2027.

Le prétexte est tout trouvé. 2026 marque les 250 ans de la Déclaration d’indépendance américaine, et quoi de mieux, pour fêter ça, que de remonter à la source du symbole le plus rebattu du pays. Sauf que ce symbole, on croit le connaître alors qu’on ignore à peu près tout de l’homme qui l’a pensé.

Bartholdi, c’est le genre de type qui voit grand. Très grand. Avant la Liberté, il avait déjà taillé le Lion de Belfort dans le grès rose, une bestiole de vingt-deux mètres de long adossée à la citadelle. La statue new-yorkaise, elle, culmine à quarante-six mètres sans le socle, et il a fallu près de vingt ans pour la mener à bout, entre querelles d’argent, campagnes de dons des deux côtés de l’Atlantique et une ossature métallique confiée à un certain Gustave Eiffel. Inaugurée en octobre 1886 dans la baie de New York, elle n’a plus jamais bougé.

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Pour prolonger la visite, la biographie de référence de Robert Belot retrace la vie du sculpteur derrière l’icône.

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L’exposition réunit une centaine d’œuvres en six sections, des premières esquisses aux maquettes, en passant par les études de la main et du flambeau. Rien d’écrasant. On suit une idée qui grossit, un rêve un peu fou qui finit par tenir debout. Orsay ajoute une expérience en réalité virtuelle déployée sur près de 700 mètres carrés au niveau 0, qui promet un voyage de Paris à New York. Sur le papier c’est tentant, à vérifier casque sur la tête.

Ce qui me plaît, dans cette histoire, c’est le renversement. On vient voir une statue américaine et on ressort avec le portrait d’un sculpteur français têtu, presque monomaniaque, qui a passé sa vie à agrandir ses idées jusqu’à l’absurde. Si vous passez par le 7e arrondissement d’ici cet hiver, ça vaut clairement le détour. Et puis ça change des files d’attente devant l’île de Manhattan.

Crédit photo : Wikimedia Commons