Le melon de Cavaillon, ce fruit des papes qu’Alexandre Dumas s’est fait payer en rente à vie
En 1864, Alexandre Dumas offre à la bibliothèque de Cavaillon la collection complète de ses œuvres, quelque trois cents volumes. En échange, il ne demande ni argent ni plaque à son nom, juste douze melons par an, jusqu’à la fin de ses jours. Le conseil municipal vote sérieusement la rente, et l’écrivain la touchera jusqu’à sa mort, en 1870. Voilà comment un romancier s’est fait payer en fruits.
Le melon, lui, n’a pourtant rien de provençal au départ. On en trouve la trace à Cavaillon dès 1495, arrivé dans les bagages des papes installés à Avignon. Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour qu’il monte à Paris et se fasse un nom dans toute l’Europe. À l’époque déjà, on se l’arrachait.
Techniquement, le melon de Cavaillon est un charentais, cette variété à chair orange et parfumée qui vient à l’origine de la Charente, pas du Vaucluse. Et « Cavaillon » n’est pas une appellation protégée façon vin : c’est une marque, déposée depuis 1999 et gérée par le syndicat des maîtres melonniers. On le cultive dans le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence. Autrement dit, vous achetez surtout un savoir-faire et un terroir, plus qu’un village précis.
Pour débiter le melon en tranches nettes sans batailler avec un couteau qui glisse, ce petit coupe-melon fait bien le job.
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Reste le plus utile : bien le choisir. Prenez-le lourd pour sa taille, c’est signe qu’il est gorgé d’eau et de sucre. Le pédoncle, en haut, doit commencer à se décoller tout seul, avec une petite craquelure autour. Et surtout, sentez-le : un bon melon embaume, un melon muet ne vous dira rien dans l’assiette non plus. Oubliez la légende du nombre de tranches, ça ne veut rien dire.
Le déguster, c’est simple, et c’est là qu’il ne faut pas trop en faire. Bien frais, coupé en deux, éventuellement avec une tranche de jambon cru et, pour les nostalgiques, un fond de porto dans le creux (les puristes hurlent, tant pis). En entrée par grosse chaleur, rien ne le bat.
Un mot quand même : le charentais souffre du réchauffement, et sa culture inquiète les producteurs depuis des années. Raison de plus pour en profiter maintenant, tant qu’il est là et qu’il est bon. Dumas, lui, avait tout compris.
Crédit photo : Illustration générée par IA
