Elton John a passé trente ans à acheter des photos, et le Jeu de Paume en accroche enfin une partie sur ses murs

On connaît le pianiste à lunettes, les tubes et les costumes à paillettes. Beaucoup moins le collectionneur. Depuis 1991, Sir Elton John achète de la photographie, patiemment, tirage après tirage, et il partage aujourd’hui avec son mari David Furnish une collection privée qui dépasse les 7 000 images. C’est une des plus grosses au monde. Le Jeu de Paume en montre une sélection jusqu’au 24 septembre, sous le titre Fragile Beauté, et franchement, ça vaut le déplacement.

L’expo arrive de Londres, où elle avait été montée par le Victoria and Albert Museum. Elle est découpée en cinq sections qui disent bien l’obsession du bonhomme : le désir, la mode, les célébrités, l’affirmation de soi et le photojournalisme. On y croise à peu près tous les grands noms du XXe siècle. Robert Mapplethorpe, Irving Penn, Diane Arbus, Herbert List, et des contemporains comme Harley Weir ou Ai Weiwei. Ce n’est pas une accumulation de trophées posés là pour impressionner. On sent un vrai regard derrière, des choix, une manière de préférer les portraits qui vous fixent droit dans les yeux.

Le morceau qui marque le plus, c’est le mur consacré à Nan Goldin. Cent quarante-neuf tirages de sa série Thanksgiving, accrochés ensemble, comme un album de famille qui aurait mal tourné. Vu d’un coup, ça serre un peu la gorge. C’est là qu’on comprend pourquoi Elton John compare le fait de collectionner à l’écriture d’une chanson : il y a de la chance, un instant qui arrive au bon moment, et il faut juste être assez malin pour appuyer sur le déclencheur.

Fragile Beauty (livre de la collection Elton John / David Furnish)

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Le titre n’est pas volé. Beaucoup de ces images parlent de corps, de nuit, de gens qui ne vont pas très bien, et le tout tient sur du papier qui pourrait jaunir. Une beauté fragile, donc, au sens propre comme au figuré.

Un conseil si vous y allez : prévoyez large, comptez au moins deux heures, et évitez le samedi après-midi où l’accrochage devient difficile à approcher. La place de la Concorde est à deux pas, vous pourrez enchaîner avec une balade aux Tuileries pour digérer tout ça. Pour une fois qu’un pianiste nous offre une leçon de photographie, on ne va pas bouder.

Crédit photo : Sortiraparis