Le Grand Palais montre enfin Hilma af Klint, la Suédoise qui peignait abstrait avant Kandinsky
En 1906, une femme peint des toiles où plus rien n’est reconnaissable. Des spirales, des cercles concentriques, des champs de couleur posés là sans qu’aucun paysage ni visage vienne les justifier. À cette date, Kandinsky en est encore à ses cavaliers et Malevitch n’a pas posé son carré noir. Elle s’appelle Hilma af Klint, elle est suédoise, et le Grand Palais lui offre enfin sa première grande rétrospective en France. Vous avez jusqu’au 30 août pour y aller, après ça ferme.
L’exposition, montée avec le Centre Pompidou, se concentre sur son grand œuvre : Les Peintures du Temple, un cycle de 193 toiles réalisées entre 1906 et 1915. Elle les destinait à un temple en spirale qui n’a jamais existé, un bâtiment rêvé où le visiteur aurait grimpé de tableau en tableau comme on gravit une initiation. Au cœur de tout ça, la série des Dix Plus Grands : des formats immenses de plus de trois mètres, jaune poussin, orange, bleu, rose, qui racontent les âges de la vie, de l’enfance à la vieillesse.
Le truc étonnant, c’est d’où ça sort. Hilma af Klint tenait des séances, notait ce que lui dictaient des entités qu’elle appelait ses guides, et disait peindre sous leur direction. On est en plein spiritisme, dans cette Europe du début de siècle fascinée par l’invisible et l’au-delà. Sauf que le résultat, lui, ressemble déjà à l’art qui n’arrivera que des décennies plus tard.
Pour prolonger la visite chez vous, cette monographie richement illustree retrace tout le parcours de l’artiste.
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Elle savait sans doute qu’on n’était pas prêt. Elle a demandé que son travail reste caché longtemps après sa mort, vingt ans au moins. Résultat, il a fallu attendre les années 1980 pour qu’on redécouvre vraiment ces toiles, et une grande rétro new-yorkaise à la fin des années 2010 pour qu’elle devienne enfin une star posthume. Aujourd’hui elle fait partie de ces artistes qu’on présente comme les vraies pionnières de l’abstraction, longtemps effacées des manuels au profit des hommes.
Alors oui, il y aura du monde, et le propos ésotérique peut laisser perplexe. Mais devant les Dix Plus Grands, la question du qui-a-commencé-l’abstraction passe vite au second plan. On reste juste planté là, à regarder des couleurs peintes il y a plus d’un siècle qui n’ont pas pris une ride. Pour une redécouverte, difficile de trouver mieux cet été.
Crédit photo : Hilma af Klint, Les Dix Plus Grands, no 3 (1907) – Wikimedia Commons, domaine public
