Un premier film japonais suit un livreur d’orchidées qui recroise son père brouillé dans les rues de Tokyo, et Cannes l’avait déjà repéré

Ren passe ses journées à livrer des orchidées dans les rues de Shibuya. Son père, Hajime, est architecte-paysagiste : il dessine des jardins pour les autres, jamais pour les siens. Les deux hommes ne se parlent plus depuis des années, depuis la disparition de Yumiko, la mère, quand Ren était encore enfant. Et puis un jour, une livraison les remet face à face. Par hasard.

C’est là que démarre Des Fleurs pour Tokyo, le tout premier long-métrage de Yuiga Danzuka, en salles depuis aujourd’hui. Le film était passé par la Quinzaine des Cinéastes à Cannes l’an dernier, une sélection qui met rarement en avant n’importe quoi.

Le film avance en deux temps, très nettement. D’abord un prologue à la campagne, tout en souvenirs, où un simple échange de ballon entre le père et le fils s’étire bien au-delà de ce qu’on attendrait. La mère, elle, reste toujours un peu tenue à distance dans le cadre, comme si le film préparait déjà son absence. C’est doux, mélancolique, et le travail sur le son y est vraiment beau.

Japon eternel - Nicolas Wauters

Le pere du film dessine des jardins et le fils traverse Tokyo a longueur de journee. Pour prolonger cette balade entre tradition et beton, ce beau livre du photographe Nicolas Wauters, installe a Tokyo, tombe plutot bien.

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Puis vient Tokyo, et le ton se resserre. Les traversées de la ville, les cadres bien droits, une lumière un peu grise : la mélancolie devient plus uniforme, et l’émotion passe surtout par les dialogues. C’est là que le film est plus fragile. À force de tout envelopper dans la même douceur contemplative, il laisse parfois l’émotion à l’état de promesse, sans jamais vraiment vous cueillir.

Ça reste un premier film qui sait où il va. Danzuka filme une famille en morceaux et une capitale en pleine ébullition, et il tient les deux d’une main plutôt sûre. On pense forcément au cinéma japonais qui prend son temps, celui des repas de famille qui cachent des fêlures. Kodai Kurosaki et Ken’ichi Endô, en fils et en père, jouent tout en retenue, ce qui colle bien au projet.

Ce n’est pas un film à sensations, on est prévenu. Il dure 1h55, il est distribué par Nour Films, et il demande un peu de patience. Mais si vous aimez les histoires de transmission qui se règlent à demi-mot, autour d’une table ou d’une orchidée qu’on tend sans savoir quoi dire, il y a de quoi être touché. Pour une sortie de plein été, c’est une jolie respiration.

Crédit photo : Nour Films