Fjord, la Palme d’or 2026 de Mungiu qui jette une famille roumaine dans le froid norvégien
Dix-neuf ans que Cristian Mungiu n’avait plus posé la main sur le trophée. En 2007, le Roumain avait cueilli tout le monde avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours, ce huis clos glaçant sur un avortement clandestin. Le voilà qui remet ça avec Fjord, reparti de Cannes en mai dernier avec une deuxième Palme d’or, décernée cette fois par un jury présidé par Park Chan-wook. Deux Palmes, ça ne court pas les rues : ils ne sont qu’une poignée de cinéastes à avoir réussi le doublé.
Le film débarque dans les salles françaises le 19 août, et sur le papier c’est du lourd. En tête d’affiche, Sebastian Stan, qu’on a surtout croisé en soldat de l’hiver chez Marvel, et la Norvégienne Renate Reinsve, révélée par Julie (en 12 chapitres). Deux registres qui n’ont rien à voir, et c’est justement ce qui rend l’attelage intéressant.
L’histoire, elle, prend aux tripes. Un couple très croyant et très conservateur, lui roumain, elle norvégienne, s’installe dans le village d’enfance de la femme, quelque part dans une Norvège de carte postale, plutôt progressiste. Sauf que voilà : les services de protection de l’enfance débarquent, soupçonnent des maltraitances et retirent les enfants aux parents. À partir de là, tout dérape. Bataille juridique, choc religieux, incompréhension culturelle totale entre deux mondes qui ne parlent pas la même langue, au sens propre comme au figuré.
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Mungiu adore ça, ces zones grises où personne n’a complètement raison ni complètement tort. Il ne vous prend jamais par la main pour vous dire qui croire. Vous ressortez de là un peu secoué, à retourner le dossier dans votre tête pendant le trajet retour. C’est exactement le genre de film qui fait débat au dîner d’après.
Alors oui, autant prévenir : ce n’est pas la séance feel-good qu’on cale un dimanche soir pour se vider la tête. Le cinéma de Mungiu prend son temps, cadre serré, dialogues qui coupent. Mais si vous aimez qu’un film vous parle vraiment de quelque chose, de la famille, de la frontière floue entre protéger un enfant et détruire des parents, vous allez être servi.
Perso, entre deux blockbusters d’été, je trouve ça sain qu’une Palme comme celle-là trouve encore le chemin des salles fin août. À voir de préférence dans une vraie salle, pas grignoté sur un téléphone dans le métro. Ce film-là mérite le grand écran et le silence.
Crédit photo : Mobra Films
