Leandro Erlich couche un immeuble haussmannien au Grand Palais, et vous escaladez la façade sans quitter le sol

Il y a une façade d’immeuble parisien posée à plat par terre, un immense miroir incliné juste au-dessus, et des gens accrochés aux balcons qui se contorsionnent en rigolant. L’œuvre s’appelle Bâtiment, elle a fait le tour du monde, et c’est probablement la meilleure raison d’aller au Grand Palais avant la rentrée.

L’artiste argentin Leandro Erlich a droit à sa première grande rétrospective française, jusqu’au 6 septembre, dans les galeries 9 et 10. Quatorze installations monumentales au rez-de-chaussée, et à l’étage une quarantaine de maquettes, photos et projets restés dans les cartons qui couvrent trente ans de travail, de 1994 à aujourd’hui. Erlich fabrique des illusions d’optique à taille humaine, et il le fait avec des moyens presque bêtes: des miroirs, des décalages d’échelle, un peu de perspective truquée.

Le résultat, c’est un port où des barques flottent sur une eau qui n’existe pas, un ascenseur qui se démultiplie à l’infini quand vous y entrez, un escalier qu’on regarde d’en haut sans jamais en voir le bout, un nuage enfermé dans une vitrine. Sa piscine, celle où des visiteurs habillés marchent tranquillement au fond pendant que d’autres les observent depuis le bord, est là aussi sous forme de maquette. Rien de tout ça n’est numérique, d’ailleurs, et ça se sent: on est dans du bricolage de génie, pas dans de la réalité virtuelle.

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Cette visite ne demande strictement aucune culture artistique, et c’est très bien comme ça. Pas de cartel de trois paragraphes à décrypter, pas de contexte historique à réviser avant d’entrer. Vous voyez le truc, vous ne comprenez pas comment il marche, vous cherchez le mécanisme, et une fois que vous l’avez trouvé l’illusion continue de fonctionner quand même. C’est assez rare pour être signalé, et c’est ce qui en fait une sortie idéale avec des enfants ou avec quelqu’un qui déteste les musées.

Comptez 19 euros plein tarif, 16 pour les 18-25 ans, 10 pour les mineurs, et c’est ouvert tous les jours de 10h à 20h, avec nocturne le vendredi jusqu’à 22h. Réservez un créneau, sérieusement: le Grand Palais prévient lui-même que certaines pièces demandent un temps d’attente, parce qu’on ne rentre qu’à quelques-uns dans un ascenseur infini.

Le seul vrai risque, c’est de ressortir sur les Champs et de regarder les vitrines avec un peu trop d’insistance.

Crédit photo : Sortiraparis