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Moulin met Gilles Lellouche face à Klaus Barbie, et László Nemes filme la Résistance comme un huis clos qui serre la gorge

2026-10-28

Affiche officielle du film Moulin de László Nemes, Gilles Lellouche en Jean Moulin

On connaît tous le nom. La rue, le lycée, le visage flou sur les photos d'école. Jean Moulin, c'est devenu une statue, et c'est précisément ce que László Nemes a décidé d'attaquer de front avec ce film sorti aujourd'hui dans nos salles.

Le pitch tient dans une pièce fermée. Juin 1943. Moulin vient d'être arrêté alors qu'il tentait de réunifier les forces de l'Armée secrète. En face, Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon. Deux heures quatorze de confrontation entre un homme qui ne dira rien et un autre qui veut tout lui arracher.

Gilles Lellouche joue Moulin. Le choix pouvait inquiéter, on le voyait plutôt dans le registre physique, le polar, la comédie. Il y est, paraît-il, méconnaissable, tout en retenue et en silences tenus. En face, l'Allemand Lars Eidinger campe Barbie, et c'est exactement le genre d'acteur capable de rendre le mal poli, presque courtois, ce qui le rend bien pire. Louise Bourgoin complète le trio.

Nemes, vous le connaissez peut-être sans le savoir. C'est lui, Le Fils de Saul, Grand Prix à Cannes en 2015, ce film qui collait à la nuque d'un prisonnier d'Auschwitz sans jamais lâcher le plan. Même méthode ici. La caméra reste au plus près, le hors-champ fait le travail, et vous ne voyez presque jamais ce que vous redoutez de voir. C'est éprouvant, et c'est voulu.

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Si la méthode Nemes vous happe, remontez à la source avec son Grand Prix de Cannes 2015.

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Présenté en compétition à Cannes au printemps, le film arrive avec sa réputation de bloc sombre et sans échappatoire. La presse lui met 3,3 sur 5, les spectateurs 3,4, ce qui revient à peu près à la même idée. On ne sort pas de là en sifflotant.

On oublie parfois que Barbie n'a été jugé qu'en 1987, à Lyon, plus de quarante ans après les faits. Le film ne raconte pas ce procès, mais il remue la même matière. Comment un bourreau très ordinaire regarde sa victime droit dans les yeux.

Alors à qui ça s'adresse ? Pas à ceux qui cherchent une leçon d'histoire bien rangée, avec dates et cartes. Plutôt à ceux que le cinéma de Nemes fascine, ceux qui acceptent de passer deux heures dans une pièce sans fenêtre pour comprendre, de l'intérieur, ce que tenir veut dire. Si le sujet vous intimide un peu, c'est peut-être justement le bon film pour vous.

Le genre de séance dont on ressort en silence, et qu'on n'oublie pas de sitôt.

Crédit photo : AlloCiné