Les Pet Shop Boys racontent Alan Turing en huit chapitres, et c’est le disque le plus émouvant qu’ils aient signé

On attendait un énième album de synthpop à écouter en dansant dans sa cuisine, on se retrouve devant un objet autrement plus grave. Neil Tennant et Chris Lowe viennent de sortir « A Man from the Future », un disque entièrement consacré à Alan Turing, le mathématicien qui a cassé le code Enigma pendant la guerre, imaginé l’ordinateur et prédit l’intelligence artificielle bien avant que le mot existe.

Le projet n’est pas tombé du ciel. Les Pet Shop Boys avaient déjà écrit une pièce orchestrale autour de Turing il y a une dizaine d’années, et ils l’ont reprise, creusée, prolongée, avec l’aide d’Andrew Hodges, le biographe qui a signé le livre dont est tiré le film Imitation Game. Du coup on tient là quelque chose de beaucoup plus construit qu’une simple collection de chansons.

L’album suit la vie de Turing en huit parties, de l’enfance émerveillée par les sciences jusqu’à sa mort en 1954. On y croise ses années à Cambridge, son rôle décisif pendant la Seconde Guerre mondiale, l’invention de la machine, puis le procès pour homosexualité qui l’a brisé et sa fin tragique. Huit chapitres, huit morceaux, chacun posé comme une étape.

A Man from the Future (Pet Shop Boys)

Envie de l’écouter dans l’ordre, les paroles sous les yeux ? L’album est dispo en CD.

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Musicalement, c’est là que ça devient vraiment beau. Les deux Anglais ont mélangé leurs synthés habituels à de vrais arrangements de cordes, confiés au Manchester Camerata, avec la voix de la comédienne Juliet Stevenson qui glisse entre les titres pour raconter des passages de la biographie. Sur quatre morceaux, on entend même les enfants d’un choeur d’école de Manchester. Le résultat oscille entre la pop électronique qu’on leur connaît et quelque chose de carrément orchestral, presque solennel.

Alors oui, on est loin du tube pour piste de danse. Mais c’est justement ce qui rend l’objet précieux. Les Pet Shop Boys ont toujours eu ce talent pour faire passer de l’émotion sous une surface synthétique, et là ils l’appliquent à une histoire qui mérite largement d’être racontée encore et encore, celle d’un homme à qui on doit à peu près le monde numérique où on vit, et que son propre pays a traité comme un criminel.

Si vous aimez les concept-albums ambitieux, les histoires vraies qui serrent la gorge ou simplement la pop anglaise bien pensée, celui-ci se savoure du début à la fin, dans l’ordre, avec les paroles sous les yeux. C’est un disque qui raconte, pas juste un disque qui tourne.

Crédit photo : Pet Shop Boys / Parlophone