Neil Young a 80 ans, un cinquantième album, et toujours cette manière de vous parler à l’oreille
À 80 ans, Neil Young sort son cinquantième album studio. Cinquante. Le chiffre donne le vertige, et pourtant Second Song, arrivé le 18 septembre, n’a rien d’un bilan de carrière posé sur la cheminée. C’est un disque de bord de route, enregistré presque à l’os, avec son groupe du moment, les Chrome Hearts. Le deuxième qu’il grave avec eux, après un premier essai l’an dernier.
Sept titres, pas un de plus. Semi-acoustique, guitares en avant, voix un peu fêlée qui n’a jamais autant collé au personnage. Young a enregistré ça à Shangri-La, le studio mythique de Malibu, avec Lou Adler à la production, épaulé par Niko Bolas et le vieux Canadien lui-même. Le résultat sonne chaud, patiné, presque enregistré en une prise autour d’un micro.
Le morceau-titre, sorti dès le 7 août, dure onze minutes et demie. Onze minutes et demie où il ne se passe pas grand-chose et où il se passe tout : le temps qui file, le besoin de rester en lien avec les gens qu’on aime, la route encore devant. C’est lent, ça prend son temps, et il faut accepter de se laisser porter. Ceux qui cherchent un tube de trois minutes passeront leur chemin. Les autres y trouveront exactement ce qu’ils sont venus chercher chez Young depuis Harvest.
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Détail qui m’a touché : deux chansons de l’album, Casting Me Away from You et I’ll Love You Forever, ont été écrites dans les années 1960. Elles dormaient dans un tiroir depuis soixante ans. Il a fallu tout ce temps pour qu’il les sorte enfin, comme si le vieux Neil rouvrait de vieux carnets et décidait que le moment était venu. Ça donne au disque une drôle d’épaisseur, un aller-retour entre le gamin de vingt ans et l’octogénaire d’aujourd’hui.
La critique a plutôt suivi, sans s’emballer non plus. Un 75 sur 100 côté Metacritic, ce qui veut dire un accueil bienveillant mais pas unanime. C’est un disque qui ne cherche pas à convaincre les sceptiques. Il s’adresse aux fidèles, à ceux qui aiment quand Young ralentit et gratte sa guitare près du feu.
Pour qui c’est ? Pour les amoureux de folk américaine, pour ceux qui ont grandi avec After the Gold Rush, et pour tous ceux qui trouvent qu’un vieux monsieur qui chante la mémoire et le temps, ça vaut bien tous les albums calibrés du monde. À écouter le soir, sans presser.
Crédit photo : Reprise Records
