La saudade, ce mot portugais qui dit le manque de quelque chose qu’on ne retrouvera peut-être jamais
Il y a des mots qu’on ne peut pas vraiment traduire, et la saudade en fait clairement partie. Les Portugais adorent le rappeler, un peu fiers d’ailleurs, et ils n’ont pas tort. Ce n’est pas juste de la nostalgie. C’est un mélange bizarre de manque et de plaisir doux-amer, la conscience que ce qui vous manque ne reviendra peut-être pas, et une forme de tendresse pour cette absence elle-même. Les Anglais, qui ont pourtant un mot pour tout, séchent complètement là-dessus. On parle même souvent de la saudade comme du mot le plus intraduisible de toutes les langues.
Le terme est vieux. On le retrouve déjà dans la poésie du 13e siècle, et il vient probablement du latin solitate, la solitude. Certains y voient aussi une trace de l’arabe sawda, une mélancolie sombre, souvenir de la présence maure dans la péninsule ibérique. Dès le 15e siècle, le roi Duarte du Portugal affirmait déjà que ce mot n’existait nulle part ailleurs. Autant dire que ça fait longtemps que les Portugais tiennent à leur trésor.
Si vous voulez entendre à quoi ça ressemble, écoutez du fado. Le mot veut dire « destin », et c’est exactement ça, une musique de guitare et de voix qui raconte la mer, les départs, les gens qu’on aime et qu’on ne verra plus. Amália Rodrigues reste la porte d’entrée idéale, et une seule écoute suffit pour comprendre un truc que je trouve assez beau : la saudade, ce n’est pas être triste, c’est aimer quelque chose au point d’accepter d’en souffrir un peu.
Pour entendre la saudade plutôt que la lire, une compilation de la reine du fado :
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Ce que j’aime bien dans cette idée, c’est qu’elle prend le contre-pied de toute notre obsession du bonheur permanent. On passe notre temps à vouloir chasser ce qui fait mal, alors que la saudade dit l’inverse : garde ce manque, il fait partie de toi, il prouve que tu as tenu à des choses. Un lieu d’enfance, une personne, une époque, une chanson entendue à un moment précis.
Alors ce week-end, plutôt que de scroller pour vous distraire, essayez l’inverse. Un vieux morceau, une photo qui pique un peu, et laissez venir. Ça ne rend pas malheureux. Ça rappelle juste ce qui compte.
Crédit photo : Illustration générée par IA
