Cézanne et nous, l’expo du Grand Palais qui raconte comment un siècle de peintres a copié, digéré et parfois trahi le maître d’Aix

Le Grand Palais ouvre sa saison avec un gros morceau. Cézanne et nous, du 23 septembre 2026 au 17 janvier 2027. Et le titre dit déjà presque tout.

On ne vous propose pas une énième rétrospective sagement chronologique. C’est une enquête. Que des générations entières ont-elles fabriqué à partir de Cézanne, une fois qu’il n’était plus là pour donner son avis ?

L’idée est maligne. Plutôt que d’aligner ses pommes, ses baigneuses et sa montagne Sainte-Victoire pour la millième fois, l’accrochage met 69 toiles du maître face à 105 œuvres signées par 78 autres artistes. Cent soixante-quatorze pièces au total, montées avec le musée d’Orsay. Vous y croiserez Gauguin, Matisse, Picasso, Mondrian, Joan Mitchell, Bridget Riley, Peter Doig. En gros, à peu près tous ceux qui comptent dans la peinture moderne ont un jour regardé Cézanne et lui ont piqué quelque chose.

C’est là que ça devient passionnant. Cézanne est mort en 1906 à Aix-en-Provence, largement incompris de son vivant, et il a fallu les années qui ont suivi pour que le monde de l’art saisisse ce qu’il avait déclenché. Sa manière de casser les volumes, de peindre la sensation plutôt que le joli motif, a ouvert une porte. Le cubisme est passé par là. L’abstraction aussi.

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Ce qui me plaît, dans ce parti pris, c’est qu’il assume la filiation sans la sacraliser. On voit un peintre en train d’en digérer un autre, de le déformer, de s’en libérer. C’est beaucoup plus vivant qu’une salle de chefs-d’œuvre alignés sous vitrine.

Alors oui, un mot d’honnêteté. Une expo aussi dense, ça se prépare un minimum. Si vous débarquez sans rien connaître de Cézanne, vous risquez de survoler le dialogue au cœur du projet. Lisez deux pages avant d’y aller, regardez trois toiles, et le déclic se fera tout seul sur place.

Pour qui, du coup ? Pour les curieux qui aiment comprendre comment l’art se transmet, pas seulement le contempler. Pour ceux qui trouvent Picasso ou Matisse un peu abstraits et veulent enfin voir d’où ça sort. Et pour les autres, ceux qui veulent juste passer un bon moment devant de la très belle peinture, ça marche aussi.

La billetterie est déjà ouverte. Le Grand Palais en janvier, avec ce genre d’affiche, ça se remplit vite. Réservez tôt, vraiment.

Crédit photo : Grand Palais RMN / Paul Cézanne