C’était ça ou mourir, le premier roman de Thélyson Orélien qui fait de l’exil une odyssée et déjà le phénomène de la rentrée
On tient sans doute le livre dont tout le monde va parler cet automne. C’était ça ou mourir, premier roman de Thélyson Orélien, est arrivé chez Grasset le 19 août, et ses droits étaient déjà vendus dans vingt-trois pays avant même que la France ne le découvre. Pour un premier roman, c’est rare. Très rare.
Orélien est un écrivain québécois né aux Gonaïves, en Haïti, en 1988. Son héros s’appelle Jonas Dorléon, professeur d’histoire, qui quitte Port-au-Prince après l’embrasement de son quartier avec presque rien: un diplôme, un cahier de poèmes, la photo de sa mère.
Ce qui suit, c’est un périple. République dominicaine, Brésil, Mexique, les frontières qui tombent les unes après les autres, en bus surchauffé ou à pied dans la jungle. Jonas veut rejoindre le Canada, où il lui reste un peu de famille, et se retrouve aux portes des États-Unis, seul face aux agents de l’ICE et à une administration prête à tout pour traquer les migrants. Orélien ne raconte pas la migration comme un dossier de société qu’on récite au journal de 20 heures. Il la met dans le corps: marcher jusqu’à l’épuisement, avoir faim, se blesser, et rire quand même devant l’horreur parce que c’est parfois tout ce qui reste pour ne pas lâcher.
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C’est là que le livre devient vraiment fort. La langue. Orélien écrit une prose traversée d’oralité et de poèmes, une façon bien à lui de faire chanter le français de l’exil. On sent le poète derrière le romancier, et ça change tout à un récit qui aurait pu virer au misérabilisme et qui prend au contraire une ampleur de conte.
Le roman a d’abord conquis le Québec, publié aux Éditions du Boréal, avant de traverser l’Atlantique. Une vingtaine de traductions en cours, une place sur les listes des grands prix d’automne, le Goncourt en ligne de mire. La machine est lancée, et pour une fois l’emballement paraît mérité.
Alors oui, c’est un roman sur l’exil, sujet qu’on croit avoir lu cent fois. Sauf que voilà, Orélien ne donne pas de leçon et ne cherche pas la larme facile. Il vous met dans les chaussures de Jonas et vous laisse marcher. Si vous ne deviez lire qu’un premier roman de cette rentrée, ce serait probablement celui-là. Comptez juste 21,50 euros et une soirée dont vous ne sortirez pas indemne.
Crédit photo : Grasset
