Heartwood, le roman de la rentrée où une randonneuse disparaît sur les Appalaches et écrit à sa mère pour tenir
Il y a des livres qu’on ouvre le soir en se disant deux chapitres, pas plus, et qu’on referme à trois heures du matin, un peu sonné. Heartwood, d’Amity Gaige, fait partie de ceux-là. C’est l’un des romans de la rentrée littéraire chez Gallmeister, sorti le 19 août, et je vous préviens tout de suite : il est difficile à lâcher.
Le point de départ tient en une phrase. Dans les forêts du Maine, Valerie Gillis, 42 ans, randonneuse aguerrie, disparaît sur le sentier des Appalaches. Elle était partie pour une traversée au long cours, ce fameux Appalachian Trail que des milliers de marcheurs tentent chaque année, et puis plus rien. Aucun signe de vie. Perdue quelque part dans une immensité verte qui n’a aucune raison de la rendre.
Ce qui rend le roman malin, c’est sa façon de tresser trois voix de femmes. Valerie d’abord, seule, qui lutte pour survivre et écrit des lettres à sa mère, comme pour garder un fil vers le monde des vivants. Beverly ensuite, garde forestière chevronnée qui coordonne les recherches sur le terrain tout en fuyant, elle, une histoire de famille compliquée. Et Lena, une vieille dame en maison de retraite qui entend parler du drame à la radio et se persuade de reconnaître en Valerie sa propre fille disparue des années plus tôt. La voilà qui se transforme en détective de fauteuil, avec ce que ça a de touchant et d’un peu fou.
D’Amity Gaige, on peut aussi lire son precedent roman traduit chez Gallmeister, un huis clos en pleine mer tout aussi tendu :
Sous nos pieds l’océan (Amity Gaige, Gallmeister) → voir sur Amazon
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Gaige ne se contente pas de dérouler une enquête. Elle en profite pour creuser ce qui unit et abîme les mères et les filles, les non-dits qui s’accumulent, la culpabilité qui ne lâche jamais. C’est à la fois un survival dans la nature sauvage et un roman très intérieur, presque intime. Les 416 pages filent parce que la tension monte doucement, sans esbroufe, portée par une écriture précise.
Pour qui ? Pour vous si vous aimez les grands espaces américains, les histoires de disparition qui ne se résument pas à un coupable, et les personnages féminins qu’on n’oublie pas en refermant le bouquin. Gallmeister a le chic pour dénicher ce genre de pépites venues d’outre-Atlantique, et celle-là ne déroge pas.
Un conseil quand même : gardez-le pour un moment où vous avez du temps devant vous. Parce que franchement, vous n’allez pas beaucoup dormir.
Crédit photo : Gallmeister
