Jon Batiste rejoue Mozart au piano seul, et il en profite pour empiler deux albums Monk le même jour

Il y a des artistes qui sortent un disque tous les deux ans en se faisant prier. Et puis il y a Jon Batiste, qui débarque cet été avec « Black Mozart » et, le même vendredi, non pas un mais deux albums consacrés à Thelonious Monk. Le pianiste de Louisiane n’a visiblement pas la notion du repos.

« Black Mozart », c’est le deuxième volume de sa série piano solo. L’idée tient en une phrase : reprendre Mozart et le faire respirer autrement, avec tout ce qui traverse la musique noire américaine, le jazz, le blues, le ragtime, le stride, cette main gauche qui martèle et cette main droite qui s’échappe. Dix morceaux, un peu plus d’un quart d’heure, et Mozart qui se met soudain à swinguer sans jamais perdre son ossature classique. C’est court, c’est dense, ça se réécoute.

Le titre n’est pas anodin, d’ailleurs. « Le Mozart noir », c’est le surnom qu’on donnait à Joseph Bologne, chevalier de Saint-Georges, compositeur et violoniste virtuose de la France du dix-huitième siècle, contemporain du vrai Mozart et longtemps rangé aux oubliettes. Batiste ne raconte pas sa vie, mais il pioche dans cette filiation-là, celle d’une histoire qu’on a mis trois siècles à ressortir des cartons.

Beethoven Blues (Batiste Piano Series Vol. 1)

En attendant vendredi, le premier volet de la série, où Batiste passe Beethoven au blues de La Nouvelle-Orléans :

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Pour ceux qui le connaissent mal : Jon Batiste, c’est l’ancien chef d’orchestre du show de Stephen Colbert, l’Oscar de la meilleure musique pour « Soul » de Pixar, une pluie de Grammys. Un type capable de passer du gospel au piano préparé sans changer de visage. Bref, pas un touriste.

Et donc, le même jour, deux disques Monk : « Monk Meditations » et « Monk Movements ». Un seul ne lui suffisait pas, dit-il, parce que Monk est trop tordu, trop foisonnant pour tenir dans un format. On le comprend. Réduire Monk à dix titres, c’est comme résumer un labyrinthe par sa porte d’entrée.

Alors pour qui ? Pour tous ceux qui aiment quand le classique et le jazz cessent de se regarder en chiens de faïence. Pour les curieux qui veulent réentendre Mozart les oreilles neuves, et pour ceux qui préfèrent se perdre dans Monk un dimanche pluvieux. Mettez « Black Mozart » en premier, laissez tourner, et voyez où ça vous emmène. Franchement, c’est le genre de rentrée musicale qui donne envie de rester à la maison le casque sur les oreilles.

Crédit photo : Decca