Le réalisateur de Dernier train pour Busan range les zombies et vous emmène chez un graveur de sceaux aveugle
Yeon Sang-ho revient dans les salles françaises le 29 juillet, et cette fois personne ne court dans un wagon.
The Ugly dure 1h42 et se passe pour l’essentiel dans la Corée du Sud des années 70, celle qui carburait à la croissance coûte que coûte. Un maître artisan aveugle, graveur de sceaux respecté, vit reclus avec son fils unique. Puis on retrouve les ossements de sa femme, disparue depuis plus de quarante ans. Le fils commence à poser des questions. Mauvaise idée.
Le film fait ensuite l’aller-retour entre deux époques, et Park Jung-min y tient deux rôles, ce qui n’est pas une coquetterie de mise en scène mais carrément le sujet : à quoi ressemble un homme vu depuis aujourd’hui, et à quoi il ressemblait pour ceux qui vivaient collés à lui.
Kwon Hae-hyo joue l’artisan et a décroché pour ça le prix du meilleur second rôle aux Chunsa Film Art Awards. Shin Hyun-been complète la distribution.
Petit détail qui change la façon de regarder le truc : Yeon Sang-ho a visiblement tourné ça pour quelque 200 millions de wons, autour de 120 000 euros. Pour un long métrage entier. Celui qui a rempli les salles du monde entier avec un train bourré de zombies est donc reparti bosser avec trois fois rien, et ça se voit à l’écran, dans le bon sens : décors étroits, lumière rase, aucun effet pour meubler.
Et si vous voulez revoir d’où vient Yeon Sang-ho avant d’aller en salle, le train est toujours disponible chez vous :
Dernier train pour Busan [Blu-ray] → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
L’histoire vient d’un roman graphique qu’il avait publié lui-même en 2018 sous le titre Face. Le film est passé par Toronto en septembre dernier, puis par La Roche-sur-Yon et le Festival du film coréen à Paris, avant de décrocher enfin une date chez nous.
Bon, autant le dire tout de suite. Ce n’est pas un divertissement d’été. C’est lent, c’est frontal, et le titre ne ment pas : le film va chercher la laideur, celle des gens autant que celle d’une époque qui avait décidé qu’on règlerait les comptes plus tard. Si vous attendez l’adrénaline du train, vous allez trouver le temps long.
Par contre, si Memories of Murder vous a laissé une trace durable, si le cinéma coréen vous intéresse surtout quand il fouille son propre passé plutôt que quand il fait exploser des choses, celui-là est pour vous. C’est du polar familial à hauteur d’atelier, avec des mains, des outils, des sceaux gravés et un mensonge qui tient debout depuis quarante ans.
Séance en fin de journée, et évitez d’enchaîner sur un dîner joyeux.
Crédit photo : Pathé
