Sur la route d’Omaha réveille ses gamins en pleine nuit et prend la route sans rien leur expliquer

Un père débarque dans la chambre de ses deux enfants au milieu de la nuit, les charge dans la voiture avec le chien et démarre. Direction Omaha, sans un mot. C’est le point de départ de « Sur la route d’Omaha », premier film de Cole Webley, en salles cette semaine.

On comprend vite ce que le père, lui, ne dit pas: la maison vient d’être saisie, la famille a tout perdu, et ce voyage improvisé ressemble surtout à une fuite. John Magaro tient le volant et le rôle, ce visage fermé qu’on lui connaît depuis Past Lives et First Cow. Les gamins, eux, croient partir en vacances. Toute la tension du film est là, dans cet écart entre ce qu’ils imaginent et ce qu’on devine.

C’est court, 1h23, et ça ne triche pas. Pas de grande musique qui vous prend par la main, pas de rebondissement spectaculaire. Juste une bagnole qui roule, des paysages du Midwest qui défilent, un golden retriever endormi sur la banquette et deux enfants qui posent les questions que leur père évite. Le scénario est signé Robert Machoian, déjà repéré pour ce genre de drames à hauteur d’homme, et ça se sent: chaque silence pèse.

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Le même John Magaro, tout en retenue, dans un autre grand film à voir ou revoir tranquillement chez soi:

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Découvert à Sundance, le film est reparti primé du festival de Deauville l’an dernier, ce qui n’étonne pas quand on connaît le goût du jury pour ce cinéma indépendant américain, rêche et tendre à la fois. On pense à The Florida Project, à Nomadland, à cette Amérique des laissés-pour-compte filmée sans une once de misérabilisme.

Sauf que voilà, ce n’est pas un film qu’on regarde d’un œil distrait. Il demande un peu d’attention, un peu de patience aussi, parce que l’essentiel se joue dans les regards plus que dans les dialogues. Si vous cherchez du grand spectacle estival, passez votre chemin. Mais si un huis clos routier de 83 minutes, porté par un immense acteur et deux gamins bluffants de justesse, vous parle davantage qu’une énième suite de blockbuster, alors foncez.

C’est le genre de petit film qu’on va voir dans la salle d’à côté pendant que tout le monde fait la queue ailleurs, et qu’on n’oublie pas de sitôt. Prévoyez juste de quoi vous remettre en sortant.

Crédit photo : Sur la route d’Omaha (Cole Webley)