Grandeur et décadence : comment le Venezuela a fini par voir Maduro menotté

De l’illusion pétrolière à la « narco-dictature » : récit d’une chute inexorable.

L’arrestation de Nicolás Maduro en ce début janvier 2026 marque l’épilogue brutal, mais prévisible, d’une crise qui déchire l’Amérique latine depuis plus d’une décennie. Pour comprendre comment un chef d’État en exercice finit par être appréhendé comme un criminel de droit commun, il est nécessaire de remonter le fil d’une tragédie politique en trois actes majeurs : l’effondrement économique, la dérive criminelle du régime et l’impasse politique fatale de 2024.

Acte 1 : l’héritage empoisonné et la fin de l’illusion

Tout commence par un rêve d’abondance. En 1999, Hugo Chávez arrive au pouvoir porté par les classes populaires et lance la « Révolution bolivarienne ». La chance lui sourit alors de manière insolente car le prix du baril de pétrole s’envole, atteignant des sommets historiques au-dessus de 100 dollars. Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves d’or noir au monde, devient soudainement richissime. Chávez profite de cette manne pour financer des programmes sociaux massifs dans la santé et l’éducation, réduisant significativement la pauvreté.

Cependant, cette prospérité repose sur des bases artificielles. Le pays importe tout ce qu’il consomme, l’industrie locale est étouffée par les nationalisations et la corruption s’installe à tous les étages de l’État. Le Venezuela devient totalement « pétro-dépendant ». À sa mort en 2013, Chávez laisse les clés du pays à son dauphin désigné, Nicolás Maduro. L’ancien chauffeur de bus et syndicaliste hérite d’un pays politiquement divisé et, surtout, d’une économie qui est sur le point d’exploser.

Acte 2 : la descente aux enfers économique et sociale

Dès l’arrivée de Maduro au pouvoir, le cours du pétrole s’effondre. C’est le début de la catastrophe. Sans les revenus de l’or noir, le modèle socialiste s’écroule comme un château de cartes. Au lieu de réformer le système, Maduro choisit la fuite en avant en faisant tourner la planche à billets de manière incontrôlée. Le résultat est l’une des pires hyperinflations de l’histoire moderne, rendant la monnaie locale, le bolivar, totalement sans valeur et généralisant les pénuries de nourriture et de médicaments.

Les chiffres de cette période donnent le vertige et témoignent de la violence du choc. Le PIB du Venezuela a chuté de près de 80 % en une décennie, un effondrement économique plus sévère que celui vécu par les États-Unis pendant la Grande Dépression de 1929. La conséquence directe de cette misère est un exode massif et historique. Près de huit millions de Vénézuéliens, soit environ un quart de la population totale, ont fui le pays pour survivre, créant une crise migratoire sans précédent sur le continent. Face à la gronde populaire, notamment lors des manifestations monstres de 2014 et 2017, la seule réponse de Maduro fut une répression militaire sanglante.

Acte 3 : le tournant criminel et l’isolement international

Pour conserver la loyauté des généraux alors que les caisses de l’État sont vides, le régime change progressivement de nature. Selon de nombreuses enquêtes internationales et le département de la Justice américain, le gouvernement se transforme en une organisation criminelle, souvent désignée sous le nom de « Cartel des Soleils ». Un point de non-retour est franchi en mars 2020, lorsque les États-Unis inculpent officiellement Nicolás Maduro pour « narcoterrorisme ». Une prime de 15 millions de dollars est alors offerte pour sa capture. Dès cet instant, Maduro n’est plus seulement un dictateur aux yeux de l’Occident, il devient un fugitif international en sursis.

L’événement qui a définitivement scellé son sort reste l’élection présidentielle de juillet 2024. Le régime, sous pression, avait accepté la tenue d’un scrutin où l’opposition s’est unie derrière le diplomate Edmundo González Urrutia. Le jour du vote, les sondages et les procès-verbaux récoltés par l’opposition montraient une victoire écrasante de González avec environ 67 % des voix. Pourtant, le Conseil national électoral, aux ordres du pouvoir, a déclaré Maduro vainqueur sans jamais fournir la moindre preuve.

Ce braquage électoral a eu des conséquences fatales. Il a provoqué une perte de légitimité totale, éloignant même les alliés historiques de la gauche latino-américaine comme le président brésilien Lula ou le colombien Petro. Face à l’impossibilité d’une alternance démocratique, la communauté internationale a resserré l’étau judiciaire et financier tout au long de l’année 2025. L’arrestation de Maduro n’est donc pas un accident de l’histoire, mais la conclusion logique d’un régime qui, cerné par les enquêtes pour crimes contre l’humanité et narcotrafic, avait fini par épuiser toutes ses options de survie.