Polyphia sort Be Not Afraid et rappelle qu’un album de guitares peut encore parler à ceux qui n’y connaissent rien
Il y a des groupes qu’on adore détester parce qu’ils jouent trop bien. Polyphia en fait partie. Ce quatuor texan, né à Plano en 2010, aligne depuis une quinzaine d’années des morceaux instrumentaux où la guitare se prend pour un synthé, une basse de hip-hop et parfois une boîte à rythmes trap, le tout sans qu’un seul mot soit chanté. Leur cinquième album studio, Be Not Afraid, est sorti le 23 octobre chez Rise Records, et c’est le genre de disque qui peut réconcilier les gens avec un instrument qu’on croyait réservé aux puristes.
Parce que là est tout le paradoxe du groupe. Tim Henson, le guitariste au tapping hypnotique devenu une petite vedette sur YouTube, et son complice Scott LePage pourraient passer leur temps à vous écraser de technique. Ils préfèrent faire des morceaux qui donnent envie de hocher la tête, portés par la basse de Clay Gober et la batterie de Clay Aeschliman. On est loin du solo interminable qui vide une salle. Ici ça groove, ça emprunte autant à la pop sucrée qu’à la bossa nova, et ça s’écoute même si vous ne distinguez pas un la d’un mi.
Les deux premiers singles donnent le ton. Power in the Blood, dévoilé dès le mois d’août, et Can You Feel It posent une ambiance plus nerveuse, un peu moins léchée que sur Remember That You Will Die, leur disque de 2022 qui les avait fait monter jusqu’à la 33e place du Billboard avec des invités comme Steve Vai ou Chino Moreno des Deftones. Be Not Afraid semble vouloir resserrer le propos et revenir à quelque chose de plus direct.
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Est-ce que ça va plaire à tout le monde ? Non, bien sûr. Le format instrumental demande un petit effort, et certains trouveront que tout ça tourne un peu à la démonstration. Mais si vous aimez quand un morceau vous surprend toutes les trente secondes, vous allez passer un bon moment.
Pour l’écouter, le mieux reste un bon casque, de quoi saisir les détails qui se perdent sur une enceinte de téléphone. Et puis Polyphia, c’est un groupe qui mérite qu’on lui prête vraiment l’oreille, pas qu’on le laisse en fond sonore. Perso, je le garderais plutôt pour un dimanche, au moment où on a le temps de se laisser embarquer.
Crédit photo : Polyphia / Rise Records
