Irving Penn s’installe à la MEP, et on comprend enfin pourquoi la photo de mode peut être un grand art

La Maison européenne de la photographie a ouvert le 30 septembre une rétrospective qui va vous occuper tout l’automne : « Penn & Fashion », consacrée à Irving Penn, reste accrochée jusqu’au 17 janvier 2027. Si le nom ne vous dit rien, les images, elles, vous ont forcément déjà traversé la rétine quelque part. C’est lui, le type derrière ces portraits sur fond gris neutre où une robe devient soudain une sculpture.

L’accrochage réunit 109 tirages, et pas n’importe lesquels : des épreuves réalisées par Penn en personne, à la main, dans son labo. Ça compte, parce que chez lui le tirage fait partie de l’œuvre autant que la prise de vue. On couvre un bon demi-siècle de travail, en gros de 1947 à 2008, c’est-à-dire presque toute l’histoire moderne de la photo de mode racontée par un seul regard.

Petit rappel pour situer le bonhomme. Penn débute chez Harper’s Bazaar à l’école d’Alexey Brodovitch, puis file chez Vogue où il signe sa première couverture en 1943. Derrière son objectif défilent Dior, Balenciaga, Yves Saint Laurent, Issey Miyake, Chanel. Mais là où d’autres cherchaient le décor spectaculaire, lui vidait le studio. Un fond uni, une lumière franche, un angle de mur parfois, et c’est tout. Le fameux dépouillement qui oblige le vêtement et la personne à exister par eux-mêmes.

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Ce qui frappe en vrai, et que les reproductions ne rendent pas, c’est la matière. Les plis d’une étoffe, le grain d’une peau, les franges d’un châle photographiés avec la même attention qu’une nature morte. Penn traitait une robe de couture comme un mégot écrasé ou un tas de légumes : avec un sérieux total et zéro hiérarchie. C’est sans doute pour ça que son travail n’a pas pris une ride.

L’expo pioche dans la collection de la MEP et celle de Nicola Erni, complétées par des prêts de la Irving Penn Foundation et de la fondation Issey Miyake. Autant dire qu’on ne voit pas ça tous les jours à Paris.

Pour qui c’est ? Pour les amateurs de photo évidemment, mais aussi pour quiconque aime la mode sans forcément lire les magazines. Comptez une bonne heure, allez-y en semaine si vous pouvez, et prenez le temps de vous approcher des tirages. C’est là que tout se joue.

Crédit photo : Maison européenne de la photographie