Choses que je croyais perdues, le roman où Clémentine Mélois range sept ans d’amour dans des cartons

Il y a des livres qu’on ouvre en pensant lire une histoire de rupture, et qui finissent par vous parler de votre propre grenier. Choses que je croyais perdues, le nouveau roman de Clémentine Mélois, est de ceux-là. Paru cette rentrée chez L’Arbalète, la collection de Gallimard, il tient en 208 pages et 19 euros, et il se lit d’une traite un dimanche pluvieux.

Le point de départ est tout bête. Émilie vide l’appartement qu’elle partageait avec Tristan. Sept ans de vie commune, et puis voilà, il est parti. Reste à emballer. Sauf que chaque objet qui atterrit dans un carton se met à raconter quelque chose : d’où il vient, qui l’a offert, quel dimanche il a été déniché sur un marché. Mélois fait littéralement parler les choses, et c’est là que le livre décolle.

On pourrait craindre le roman-catalogue larmoyant. Il n’en est rien. L’autrice vient de l’Oulipo, ce laboratoire de contraintes littéraires où l’on écrit des romans sans la lettre e ou des poèmes à tiroirs, et ça se sent dans la fantaisie du procédé. Chaque objet devient un petit récit autonome, drôle souvent, mélancolique parfois, jamais pleurnichard. Le deuil amoureux passe par une théière, un ticket de cinéma, une lampe moche qu’on avait fini par aimer.

Choses que je croyais perdues

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Petite anecdote qui en dit long sur le personnage : Mélois a quitté l’Oulipo au printemps dernier en mettant en scène son propre suicide putatif, une tradition du groupe pour en sortir. On tient là une écrivaine qui prend la littérature au sérieux sans jamais se prendre au sérieux elle-même.

Le roman figure dans la première sélection du prix Femina, ce qui ne gâche rien et vous donnera un sujet de conversation malin à la machine à café. Mais bon, on s’en fiche un peu des prix. Ce qui compte, c’est cette manière de transformer un carton de déménagement en inventaire d’une vie.

Pour qui ? Pour tous ceux qui ont déjà trié une étagère après une séparation et se sont surpris à hésiter devant un bibelot sans valeur. C’est court, c’est tendre, et c’est franchement intelligent. Le genre de lecture qui vous suit encore trois jours après avoir refermé la dernière page. À glisser dans un sac, à offrir sans hésiter.

Crédit photo : L’Arbalète / Gallimard