La Sachertorte a déclenché une guerre de sept ans devant les tribunaux, pour une histoire de confiture
Un gâteau au chocolat, un peu de confiture d’abricot, un glaçage brillant. Sur le papier, rien qui justifie qu’on mobilise des avocats pendant sept ans. Et pourtant, c’est arrivé.
Tout commence à Vienne en 1832. Franz Sacher a seize ans, il est apprenti en cuisine, et le chancelier Metternich réclame un dessert pour ses invités le soir même. Le chef titulaire est cloué au lit. Le gamin improvise : une génoise dense au chocolat, une fine couche d’abricot, un glaçage au chocolat noir par-dessus. Metternich adore. Ses invités aussi. Le nom reste.
Le fils de Franz, Eduard, peaufine la recette puis ouvre en 1876 l’Hôtel Sacher, juste derrière l’Opéra. La Torte devient la star de la maison. On raconte qu’Anna Sacher, la belle-fille, dirigeait le palace un cigare à la bouche et faisait la loi sur le tout-Vienne. Autre époque.
Sauf que voilà, la famille finit ruinée, et une partie du savoir-faire file chez Demel, la grande pâtisserie viennoise d’en face, rivale jurée. Les deux maisons se mettent alors à vendre chacune « la » vraie Sachertorte. Procès. Il démarre en 1954 et s’étire jusqu’en 1963, presque une décennie de bataille juridique pour une histoire de gâteau. La presse baptise ça la guerre des sept ans sucrés.
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Le nœud du conflit ? La confiture. Chez Sacher, l’abricot se glisse au milieu, entre deux couches de biscuit. Chez Demel, il se contente d’une seule couche, juste sous le glaçage. Détail ridicule vu d’ici, question d’honneur là-bas. Verdict final : l’Hôtel Sacher garde le droit d’écrire « Original Sacher-Torte », pendant que Demel se rabat sur sa propre version.
Si l’envie vous prend d’en faire une chez vous, un bon moule à charnière change tout pour démouler ce genre de gâteau haut sans le casser.
Aujourd’hui l’hôtel en écoule des centaines de milliers par an, expédiées partout dans le monde dans leur petite boîte en bois. On la sert avec une montagne de crème fouettée non sucrée à côté, histoire d’équilibrer le glaçage, et un café viennois évidemment.
Faut-il traverser l’Europe pour ça ? Le gâteau est bon sans être renversant, souvent jugé un peu sec, et c’est justement pour ça qu’on ajoute la crème. Mais le rituel, lui, vaut le détour : s’asseoir dans un vieux café viennois, commander une part, regarder la salle. Pour moi c’est là que la Sachertorte prend vraiment son sens. Bien plus que dans l’assiette.
Crédit photo : Wikimedia Commons
