Trieste, la ville où Joyce a écrit entre deux cafés pendant que la bora essayait de tout arracher

Il y a des villes qu’on visite pour cocher une case, et d’autres qu’on garde un peu pour soi. Trieste est clairement de la seconde catégorie. Coincée tout au nord-est de l’Italie, contre la Slovénie, elle a longtemps été le grand port de l’Empire austro-hongrois avant de devenir italienne, et ça se voit partout : cafés viennois, palais monumentaux, une Piazza Unità d’Italia qui s’ouvre en grand sur la mer comme un salon à ciel ouvert. On n’est plus tout à fait en Italie, pas encore ailleurs.
Le vrai charme de Trieste, c’est sa vie de café. Pas le café qu’on avale debout au comptoir, non, le vrai, celui où l’on s’assoit des heures avec un livre. James Joyce a vécu ici une dizaine d’années, il y a terminé Dubliners, écrit une bonne partie de son Portrait de l’artiste, et posé les premières pages d’Ulysse à la table d’un café du centre. Son ami Italo Svevo, l’auteur de La Conscience de Zeno, traînait dans les mêmes rues, tout comme le poète Umberto Saba, qui tenait carrément une librairie d’occasion encore ouverte aujourd’hui.
Alors on fait quoi une fois sur place ? On commence par le Caffè San Marco, boiseries sombres et miroirs d’époque, l’endroit idéal pour s’installer un après-midi entier sans que personne ne vienne vous presser. Le Tommaseo, ouvert en 1830, revendique lui le titre de plus ancien de la ville. Et puis on grimpe jusqu’au château de Miramare, ce petit palais blanc posé sur un éperon rocheux au-dessus de l’Adriatique, construit pour l’archiduc Maximilien avant son aventure mexicaine qui a très mal fini.
Pour prolonger le voyage depuis votre fauteuil, le récit de Jan Morris sur cette ville-frontière est le compagnon idéal :
Trieste : Ou le sens de nulle part (Jan Morris) → voir sur Amazon
Lien affilié Amazon. En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Un conseil quand même : renseignez-vous sur la bora avant de partir. C’est ce vent glacial qui dévale des montagnes et qui, les mauvais jours, souffle si fort qu’on a fini par tendre des cordes le long de certaines rues pour se tenir debout. Pas vraiment le décor d’une carte postale ensoleillée, mais ça fait partie du personnage.
Trieste, c’est une ville pour ceux qui aiment marcher sans but, lire au comptoir et se sentir un peu ailleurs. Trois jours suffisent, un week-end prolongé fait très bien l’affaire. Et si vous cherchez une destination italienne où vous ne croiserez pas la moitié de votre bureau, celle-là est encore à vous.
Crédit photo : SIG SG 510 / Wikimedia Commons (CC0)
