Robert Capa débarque au Musée de la Libération, et l’expo s’attaque enfin à la légende autant qu’aux photos
On connaît tous une photo de Robert Capa sans le savoir. Ces soldats américains qui pataugent dans l’eau grise d’Omaha Beach, le 6 juin 1944, image floue et tremblante devenue le visage même du Débarquement. C’est lui. Et le Musée de la Libération de Paris, dans le 14e, lui consacre jusqu’au 20 décembre une rétrospective qui fait un choix malin : plutôt que d’empiler les icônes, elle démonte la fabrique de la légende.
Parce que Robert Capa, pour commencer, n’existe pas vraiment. Le bonhomme s’appelait Endre Friedmann, né à Budapest en 1913, juif hongrois trimballé par l’exil de Berlin à Paris. Avec sa compagne Gerda Taro, il invente de toutes pièces un photographe américain au nom qui sonne bien, plus facile à vendre aux rédactions. Le mythe est né d’un coup marketing, ce qui n’enlève rien au reste.
Le reste, justement. Le Soldat tombant, capté pendant la guerre d’Espagne en 1936, dont on discute encore la véracité. Omaha Beach et ses fameux onze clichés rescapés, une histoire de négatifs abîmés en labo que l’expo se permet enfin de réinterroger. La Libération de Paris en 1944, forcément, vu l’adresse. Puis Magnum Photos, l’agence qu’il fonde en 1947 avec Cartier-Bresson et quelques autres pour que les photographes gardent la main sur leurs images.
Pour prolonger la visite, Capa raconte lui-meme sa guerre, de Londres aux plages du Debarquement.
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L’accrochage réunit environ 160 pièces, dont une soixantaine de tirages de presse d’époque, des magazines, des documents et des objets. Le parti pris des commissaires Sylvie Zaidman et Michel Lefebvre, avec la complicité de Magnum, c’est de suivre l’image de la prise de vue jusqu’à la page imprimée. On voit un pro qui compose, recadre et négocie avec les contraintes du journal, pas seulement un baroudeur au flair génial.
Capa est mort comme il a vécu, sur un pied de guerre. Le 25 mai 1954, en Indochine, il saute sur une mine en s’avançant un peu trop pour cadrer. Il avait 40 ans.
Comptez 11 euros l’entrée, 9 en tarif réduit, et le musée reste ouvert du mardi au dimanche. Si vous aimez la photo, l’histoire du XXe siècle ou juste les belles images qu’on croit connaître, c’est le genre de sortie qui vaut largement le détour. Emmenez quelqu’un, ça se commente à deux.
Crédit photo : Ville de Paris
