La Désabondance, le roman où Antoine Chainas lâche le polar pour imaginer une humanité qui a débranché la technologie

On connaissait Antoine Chainas pour ses romans noirs bien poisseux, ceux qui vous laissent un peu sonné (le Grand Prix de littérature policière 2014 pour Pur, c’était lui). Le voilà qui débarque à la rentrée avec tout autre chose. La Désabondance, sorti chez Plon le 20 août, 320 pages, c’est de la science-fiction. Enfin, presque.

L’histoire part loin, très loin. Cinq sœurs, les Kowalsky, deviennent un phénomène planétaire quand elles embarquent dans le projet spatial EnnoIA. Direction les confins du système solaire, à bord d’un vaisseau au joli nom de la Génitrice, pour développer le tourisme spatial. Sauf que voilà, le programme s’enraye, la catastrophe approche, et l’une des sœurs finit par s’éjecter pour rentrer sur Terre.

Et là, surprise. La Terre qu’elle retrouve a tourné le dos à la technologie et à l’idée même de progrès. Les humains vivent en tribus nomades dans la forêt. La « désabondance » du titre, c’est ça: un renoncement volontaire à l’accumulation, aux objets, au savoir, poussé si loin que même le langage s’étiole. Vous voyez le vertige.

La Désabondance, Antoine Chainas (Plon)

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Ce qui est malin, c’est que Chainas ne fait pas un roman de SF pur jus. Il bricole un objet hybride, cinq parties, plusieurs voix, plusieurs genres, quelque part du côté de David Mitchell pour ceux qui connaissent. On passe du space opera à la fable écologique, avec des histoires de filiation et de mémoire qui donnent de la chair à tout ça. Ça pose une vraie question de fond: faut-il abandonner nos objets et notre boulimie de connaissances pour survivre à l’effondrement? Pas de réponse toute faite, heureusement.

Le pari aurait pu être casse-gueule. Un auteur de polar qui se lance dans la grande fresque philosophique, on a déjà vu ça capoter. Ici, ça tient. C’est vertigineux mais ça reste clair, ce qui n’est pas donné à tout le monde. La critique en fait déjà l’un des gros morceaux de cette rentrée.

Pour qui? Si vous aimez la SF qui pense sans se prendre les pieds dans le jargon, et les romans qui vous laissent gamberger un moment après la dernière page, foncez. Si vous cherchez du polar musclé façon vieux Chainas, prévenez-vous quand même, c’est un autre voyage. Moi, franchement, j’ai envie de m’y perdre.

Crédit photo : Plon