Cleo Sol sort Gentlewoman et pour une fois elle chante d’abord pour elle

Il y a des disques qu’on met pour se calmer, et d’autres pour se réparer. Gentlewoman, le nouvel album de Cleo Sol paru le 22 août, fait clairement partie de la deuxième catégorie. Quinze morceaux, un peu plus d’une heure, et une voix qui vous prend par la main sans jamais hausser le ton.

Si le nom ne vous dit rien, c’est normal. La chanteuse londonienne fuit la lumière autant qu’elle le peut : pas d’interviews, pas de clips tape-à-l’œil, presque aucune présence en ligne. On la connaît surtout pour être la voix de Sault, ce collectif soul un peu mystérieux qui balance des albums en douce, parfois gratuitement. Derrière les manettes, comme toujours, on retrouve Inflo, producteur star qui a bossé avec Adele et Little Simz, et accessoirement son mari. C’est leur cinquième album ensemble, et ça s’entend : tout est cousu main pour laisser respirer sa voix.

Ce qui frappe dès le premier titre, « I Only Look to You », c’est la simplicité. Un piano, et cette phrase qui donne le ton de tout le reste : « Finally, I’m looking out for me. » Enfin, je m’occupe de moi. Venant d’une artiste qui a beaucoup chanté la maternité et les autres, ça sonne comme une petite révolution intime. La pochette la montre d’ailleurs son enfant dans les bras, ce qui rend le geste encore plus parlant.

Cleo Sol - Rose in the Dark (vinyle)

En attendant que Gentlewoman arrive en vinyle, son magnifique Rose in the Dark de 2020 reste la meilleure porte d’entree dans son univers.

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Le reste déroule sans jamais forcer. « Family Ties » part sur une valse jazzy presque cinématographique, « Sweet Thing » et « Little Things » jouent la carte du réconfort pur. On est quelque part entre la soul des années 70, la bossa et un gospel dépouillé. Rien qui cherche à impressionner, tout qui cherche à consoler.

Alors oui, il faut aimer le tempo lent. Si vous voulez un truc qui réveille, passez votre chemin, ce n’est pas le disque de la rentrée sportive. Mais pour un dimanche pluvieux, une fin de journée cabossée ou juste ce moment où vous avez besoin que le monde baisse d’un ton, c’est parfait. Plusieurs critiques parlent déjà de l’album le plus apaisant de l’année, et pour une fois la formule n’est pas volée.

À écouter en entier, dans l’ordre, sans zapper. Cleo Sol construit ses disques comme des trajets, et Gentlewoman se termine à peu près là où on avait besoin d’arriver.

Crédit photo : Forever Living Originals