Annette Messager investit le musée le plus étrange de Paris et fait dialoguer ses peluches avec des animaux empaillés

Il vous reste jusqu’au 20 septembre pour voir un truc qu’on ne reverra pas de sitôt : Annette Messager, une des plus grandes artistes françaises vivantes, qui pose ses œuvres au milieu des trophées de chasse du musée de la Chasse et de la Nature, dans le Marais.

Si vous n’avez jamais mis les pieds dans ce musée, c’est déjà une raison d’y aller. C’est un hôtel particulier bourré de bêtes empaillées, de bois de cerf et de tapisseries, un endroit un peu fou qui n’a rien d’un musée classique. Y installer Annette Messager, c’était presque écrit d’avance.

Parce que l’animal, elle le trimballe depuis les années 1970. Ses peluches cousues, ses bestioles hybrides, ses assemblages qui tiennent du bricolage inquiétant, tout ça se glisse dans les vitrines et les salons comme si c’était là depuis toujours. Le commissaire Colin Lemoine a réparti plus de quatre-vingts pièces dans une quinzaine de salles, et le plus fort, c’est qu’on ne sait plus toujours ce qui relève de la collection permanente et ce qui sort de l’atelier de l’artiste.

Le parcours est découpé en chapitres aux titres qui donnent le ton : « transports amoureux », « capture et captivité », « le sang des bêtes », « sauvagerie domestiquée ». On passe de la tendresse au malaise en deux salles. C’est doux et cruel en même temps, exactement ce qu’elle sait faire depuis cinquante ans.

Annette Messager (monographie, Catherine Grenier)

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Petit rappel pour ceux à qui le nom ne dit rien : Annette Messager a décroché le Lion d’or de la Biennale de Venise en 2005 et le Praemium Imperiale en 2016, à peu près tout ce qu’on peut gagner dans ce métier. Ce n’est donc pas une exposition de plus, c’est une des rares occasions de la voir en grand à Paris.

Un conseil : n’y allez pas au pas de course. Le lieu se mérite, il faut lever les yeux, ouvrir les portes, fouiller les recoins. Prévoyez une bonne heure et demie, et plutôt en semaine, parce que les salles sont petites et ça se remplit vite le week-end.

Bref, une artiste immense dans le musée le plus bizarre de la capitale, jusqu’au 20 septembre. Après, tout repart en réserve et vous l’aurez ratée.

Crédit photo : Musée de la Chasse et de la Nature