Laura Kasischke revient après treize ans avec la noyade d’un gosse le jour où l’Amérique regarde la Lune
Il y a des retours qu’on attend sans trop y croire, et puis ils arrivent. Laura Kasischke publie « Baignade surveillée » chez Gallimard le 27 août, treize ans après « Esprit d’hiver », ce petit roman glaçant qui vous restait sur l’estomac des jours après l’avoir refermé. Autant vous le dire tout de suite, on repart en terrain connu : une banlieue américaine trop propre, un drame minuscule, et sous le vernis, quelque chose qui pourrit.
Tout se joue le 16 juillet 1969. Ce jour-là, l’Amérique entière a les yeux rivés au ciel, Apollo 11 vient de décoller, la Lune n’a jamais paru aussi proche. Pendant ce temps, à Mission Hills, il fait une chaleur à crever et la piscine municipale déborde de monde. Un enfant, Richie Manning, se noie. Là, au milieu de dizaines d’adultes, sous les yeux d’une maître-nageuse, une étudiante blonde aux jambes parfaitement bronzées.
Et voilà toute la mécanique du roman. Comment un gamin peut-il disparaître sous l’eau quand la moitié du quartier est autour du bassin ? À qui la faute, quand tout le monde est responsable et que personne ne l’est vraiment ? Kasischke ne cherche pas le coupable façon polar. Elle gratte plutôt ce qu’il y a dessous, les rivalités de classe, les jalousies de pavillon à pavillon, cette violence sourde qui couve derrière les pelouses tondues au millimètre.
Le roman noir de la rentrée, à glisser dans la pile :
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C’est là qu’elle est imbattable, franchement. Kasischke est aussi poétesse, et ça se sent : elle avance par petits détails presque imperceptibles, une phrase de rien qui déplace tout le tableau. On croit lire une chronique de fait divers, on se retrouve avec un malaise diffus qui monte page après page.
Pour qui c’est ? Pour vous si les histoires de familles américaines qui craquent en silence vous parlent, si vous avez aimé « Esprit d’hiver » ou les ambiances à la Shirley Jackson. Pas pour ceux qui veulent de l’action et une enquête bien ficelée avec résolution en dernière page. Ici, le vrai suspense, c’est le malaise.
En France on l’a toujours beaucoup lue, et pour une fois qu’un grand nom de la littérature américaine ressort pile au moment où tout le monde parle rentrée, ça vaut le coup de lui garder une place dans la pile. La piscine de l’été, version qui fait froid dans le dos.
Crédit photo : Gallimard
