On a tous un avis sur le brunch. Soit c'est la plus belle invention du week-end, soit c'est une file d'attente d'une heure devant un café pour payer treize euros un œuf poché. La vérité tient entre les deux, et elle est bien plus vieille qu'on l'imagine.
Le mot naît en Angleterre, pas à Brooklyn. On l'attribue à Guy Beringer, un Britannique qui publie en 1895 un petit texte au titre magnifique, Brunch: A Plea, dans l'hebdomadaire Hunter's Weekly. Son idée est d'une simplicité désarmante : au lieu du lourd dîner dominical qu'on s'inflige juste après la messe, pourquoi ne pas se lever tard et caler un seul repas vers midi, moitié petit-déjeuner moitié déjeuner. Beringer y voyait un remède social, de quoi réunir les gens de bonne humeur plutôt que de les coincer autour d'un rôti. Et oui, il pensait aussi, en creux, aux lendemains de soirée un peu difficiles.
Le terme était déjà dans l'air, probablement un argot d'étudiants d'Oxford, et le magazine Punch l'adoube dès 1896 comme un mot-valise de génie. Il faudra pourtant attendre les années 1930 pour qu'il traverse l'Atlantique, Chicago en tête, avant de devenir le rituel américain qu'on connaît.
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Ce qui me plaît dans le brunch, ce n'est pas la carte. C'est le tempo. Vous ne mangez pas pour vous caler avant de repartir travailler, vous mangez parce que vous avez tout l'après-midi devant vous. Personne ne regarde sa montre. On reprend du café, on finit la conversation, on commande une deuxième part de banana bread sans culpabiliser. C'est le seul repas dont la lenteur fait partie de la recette.
Le piège, c'est de vouloir trop bien faire chez soi. Un bon brunch maison ne demande ni buffet ni dix préparations. Des œufs brouillés lents, un pain qui tient la route, un fruit, un jus pressé, et surtout assez de café pour tenir le siège. Le reste est du décor. Si vous invitez, préparez ce qui se garde au chaud et laissez les œufs pour la dernière minute, c'est la seule chose qui ne pardonne pas l'attente.
Beringer avait raison sur toute la ligne, et ça fait cent trente ans. Reste à trouver les bonnes personnes avec qui perdre une matinée. C'est encore ça, le plus dur.
Crédit photo : Illustration générée par IA




