Katerine revient avec Planète bleue, trente minutes qui pèsent plus lourd qu’elles n’en ont l’air

Deux ans après Zouzou et une tournée qui l’a mené jusqu’au Zénith, Philippe Katerine sort ce 23 octobre un nouvel album, Planète bleue. Onze chansons, trente minutes montre en main. Autant dire qu’il ne traîne pas en route, et c’est tant mieux.

La première chose qui frappe, c’est la pochette. On y voit Katerine enlacer son propre double en silicone, un mannequin au visage abîmé emprunté à la série Paolo. Image dérangeante, un peu tendre aussi, qui résume bien l’affaire : on rigole, puis on a un pincement, et on ne sait plus trop lequel des deux l’emporte.

Pour la musique, il s’est associé à Nikola Fève, alias Nk.F, un producteur qu’on a croisé du côté de Zaho de Sagazan, d’Orelsan ou de Damso. Le genre de CV qui promet des arrangements soignés derrière la fausse nonchalance. Et c’est exactement ce qui se passe : les mélodies ont l’air de rien, elles se posent, elles restent.

Les titres, eux, disent tout de la méthode. Les enfants sont de droite, Le château de Versailles, Mode avion, Doudounes, Ils nous sucent. On sourit avant même d’appuyer sur lecture. Sauf qu’en dessous de la blague, Katerine parle d’angoisse, d’écologie, de violence sociale, de ces petites fêlures intimes qui finissent par parler à tout le monde. Il le fait sans jamais appuyer, comme s’il déposait les sujets sur la table et s’éloignait sur la pointe des pieds.

Katerine - Zouzou (album)

En attendant d’avoir Planète bleue entre les mains, son précédent album Zouzou reste une belle porte d’entrée dans son univers :

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« L’inexactitude, c’est ce que je recherche », expliquait-il récemment. Tout est là. Rien n’est carré, tout est un peu de travers, et c’est justement ce décalage qui rend l’ensemble si attachant. On pense tenir une chanson rigolote, on se retrouve ému. On croit qu’il plaisante, il est en fait très sérieux.

Pour qui c’est ? Pour celles et ceux qui aiment la chanson française quand elle ose rester bizarre, qui n’ont pas peur d’un disque qui change d’humeur à chaque morceau. Si vous cherchez quelque chose de propre et de rassurant, passez votre chemin. Si vous voulez trente minutes qui vous laissent un drôle de sourire, allez-y les yeux fermés.

En trente minutes, Katerine en dit plus sur l’époque que bien des albums deux fois plus longs. C’est peut-être ça, au fond, sa vraie recette : partir avant qu’on se lasse, et nous laisser y repenser.

Crédit photo : Just Music / Cinq 7