Le Père-Lachaise, la plus belle balade d’automne de Paris, celle où l’on croise Chopin, Proust et Jim Morrison dans la même allée
À dix jours de la Toussaint, il y a pire idée qu’un détour par le cimetière du Père-Lachaise. Je sais, dit comme ça, ça n’emballe personne. Sauf que c’est sans doute le plus beau jardin de Paris, et clairement le plus tranquille un dimanche matin d’octobre.
44 hectares sur une colline du 20e arrondissement, 70 000 sépultures, des platanes et des marronniers qui virent au roux. À l’automne, l’endroit ne ressemble plus vraiment à un cimetière mais à une forêt urbaine où des chats dorment sur les pierres tièdes. On y entre gratuitement, un plan à la main, et on se perd. C’est même recommandé.
Un peu d’histoire quand même. Napoléon charge l’architecte Brongniart de dessiner les lieux en 1803. En 1804, le Père-Lachaise compte 13 tombes. Personne ne veut se faire enterrer si loin du centre, à l’époque c’est la cambrousse. Du coup l’administration a une idée de génie en 1817 : faire venir des morts célèbres. On transfère Molière, La Fontaine, et les amants médiévaux Héloïse et Abélard. Du marketing funéraire avant l’heure, et ça marche. Tout Paris veut désormais y reposer.
Deux siècles plus tard, c’est le cimetière le plus visité du monde, avec ses 3,5 millions de visiteurs par an. Les gens viennent pour les habitants prestigieux. Chopin, dont la tombe croule sous les fleurs polonaises. Proust et sa dalle noire toute simple. Balzac, Colette, Apollinaire, Musset. Édith Piaf, toute une famille réunie sous une pierre modeste.
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Et puis il y a les deux stars, celles qu’on cherche plan à la main. Oscar Wilde, dont le monument était couvert de baisers au rouge à lèvres au point d’abîmer la pierre. On l’a protégé par une vitre en 2011, et les gens embrassent maintenant la vitre. Jim Morrison, mort à Paris en 1971, tombe minuscule et pourtant la plus fréquentée du cimetière.
Mon conseil : venez tôt, entrez par le haut, descendez lentement. Des chaussures correctes, parce que ça grimpe et les pavés sont traîtres sous la pluie. Comptez deux heures, trois si vous flânez. Et ne ratez pas le Mur des Fédérés, où furent fusillés les derniers combattants de la Commune en 1871. C’est le coin le plus silencieux, et le plus émouvant.
Une sortie gratuite, en plein air, moitié balade et moitié cours d’histoire. Pour un dimanche d’octobre, difficile de faire mieux.
Crédit photo : Pierre-Yves Beaudouin (Wikimedia Commons, CC BY-SA)
