M83 range les stades et retourne dans sa chambre, et ça lui va plutôt bien

Anthony Gonzalez a sorti le 25 septembre son dixième album sous le nom de M83, « I Wrote You a Letter », et c’est une petite surprise. Pas de tube format stade cette fois, pas de « Midnight City » taillé pour les pubs et les bandes-annonces. Neuf morceaux, quarante minutes, et une bonne partie sans paroles.

Vous connaissez M83 même si le nom ne vous dit rien. Ce Français installé à Los Angeles, c’est le type derrière la musique d' »Oblivion » avec Tom Cruise, derrière le refrain que tout le monde a fredonné en 2011 sans trop savoir d’où il venait. Son truc, c’était les nappes de synthé énormes, les crescendos qui collent des frissons, le côté film de science-fiction des années 80.

Là, il fait le chemin inverse. L’idée est partie de démos bricolées pendant l’été 2024, avec l’envie de retrouver la façon dont il enregistrait au tout début, seul, dans sa chambre, sans attendre le single qui cartonne. Les petites imperfections, les bidouilles, la liberté de ne rien devoir à personne. Il a d’ailleurs sorti le disque sur son propre label, Other Suns, ce qui en dit long sur l’état d’esprit.

M83 - I Wrote You a Letter (vinyle)

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Le résultat divise un peu. La presse spécialisée est partagée, autour de 64 sur 100 de moyenne, et je comprends pourquoi. Ceux qui attendent les grands moments explosifs de « Hurry Up, We’re Dreaming » risquent de trouver ça trop sage, trop contemplatif. Les compositions montent en vagues d’électronique rêveuse plutôt qu’en coups de poing.

Sauf que voilà, c’est justement ce qui en fait un bel objet. Le public est d’ailleurs plus tendre, autour de 75. On est plus près du M83 des débuts, celui de 2003, planant et un peu mélancolique, que du faiseur de hits. C’est un album qui s’écoute en entier, le soir, casque sur les oreilles, pas en playlist qu’on picore.

Pour qui c’est ? Pour ceux qui aiment la musique instrumentale qui raconte quelque chose sans mots. Pour les amateurs de Tycho, de Jon Hopkins, de bandes originales qu’on réécoute juste pour l’ambiance. Et pour les nostalgiques qui le suivent depuis vingt ans et acceptent qu’un artiste ait envie, de temps en temps, de rentrer chez lui. Franchement, ça se considère tout à fait.

Crédit photo : M83