Le jeûne de dopamine, cette mode venue de la Silicon Valley qui ment sur son nom mais cache une idée pas si bête

Vous avez forcément croisé le terme sur un réseau, entre deux vidéos avalées sans y penser. Le jeûne de dopamine, c’est la promesse d’un cerveau remis à zéro après une journée sans écran, sans sucre, sans musique, parfois sans parler. Un grand nettoyage mental. Sauf que voilà, le nom raconte n’importe quoi.

La dopamine ne se vide pas comme un réservoir. C’est un messager que votre cerveau fabrique en permanence, y compris quand vous dormez ou que vous fixez un mur blanc. On ne peut pas en faire le jeûne, point. Les neuroscientifiques qui se sont penchés sur la question qualifient poliment de non-sens l’idée d’un cerveau qu’on réinitialiserait en évitant quelques heures de notifications.

Le plus drôle, c’est que l’homme à l’origine de la tendance le sait très bien. Cameron Sepah, un psychologue de San Francisco, a lancé le concept en 2019. Il a reconnu tranquillement que la dopamine servait surtout à pondre un titre accrocheur, et qu’il ne fallait pas le prendre au pied de la lettre. Son vrai sujet, c’était la thérapie comportementale : réduire pendant un temps donné les comportements compulsifs qui nous récompensent trop facilement. Le scroll infini, les achats d’impulsion, le grignotage machinal, la recherche permanente de la petite décharge.

Un monde sous dopamine, d'Anna Lembke

Pour creuser ce que la dopamine fait vraiment à notre cerveau, loin du baratin des gourous, la psychiatre Anna Lembke a écrit le livre de référence sur le sujet :

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Et là, d’un coup, ça devient utile. Pas parce qu’on purifierait quoi que ce soit, mais parce qu’on reprend la main sur des automatismes qu’on ne voit même plus. Couper son téléphone un dimanche après-midi, c’est moins un détox qu’une façon de se rappeler qu’on peut s’ennuyer sans mourir. De redécouvrir qu’un livre tient la distance plus longtemps qu’une story.

Mon conseil, si l’envie vous prend d’essayer : oubliez les versions extrêmes où l’on reste cloîtré vingt-quatre heures sans rien faire. C’est inutile, parfois anxiogène, et ça transforme une bonne intuition en performance. Visez plus modeste. Une heure sans écran au réveil, un repas sans téléphone sur la table, une balade sans podcast dans les oreilles. L’idée n’est pas de se priver, mais de choisir à nouveau ce qui occupe votre tête.

Bref, le jeûne de dopamine porte mal son nom et ses gourous promettent beaucoup trop. Mais derrière le baratin, il reste une vieille vérité qui n’a pas besoin de la Californie pour exister : on vit mieux quand ce n’est pas la machine qui décide de notre attention.

Crédit photo : Illustration générée par IA