La sérendipité, cet art de trouver pile ce qu’on ne cherchait pas
Il y a un mot que les Anglais nous ont offert et qu’on ferait bien de ressortir plus souvent : la sérendipité. C’est le talent de tomber sur une bonne chose en en cherchant une autre, par chance et par flair mêlés. Pas juste de la veine aveugle. Le hasard, oui, mais un hasard qui rencontre un esprit assez éveillé pour comprendre ce qu’il a sous les yeux.
Le terme a une vraie date de naissance. Le 28 janvier 1754, l’écrivain anglais Horace Walpole l’invente dans une lettre à son ami Horace Mann. Il le tire d’un vieux conte, Les trois princes de Serendip, Serendip étant l’ancien nom persan de Ceylan, l’actuel Sri Lanka. Dans l’histoire, les trois princes passent leur temps à découvrir, par accident et par sagacité, des choses qu’ils ne cherchaient absolument pas. Walpole a trouvé ça joli. Il avait raison.
Le plus beau, c’est que la science carbure à ça depuis toujours. Été 1928, Alexander Fleming rentre de vacances et retrouve ses boîtes de culture envahies par une moisissure. N’importe qui aurait tout jeté en pestant. Lui remarque que la moisissure a tué les bactéries autour d’elle, et voilà la pénicilline. En 1945, l’ingénieur Percy Spencer travaille sur des ondes radar quand la barre de chocolat dans sa poche se met à fondre : le four à micro-ondes vient de pointer son nez. Le Post-it est une colle ratée, trop faible, qu’on a eu l’intelligence de ne pas jeter. Le Velcro, lui, est né des petites graines de bardane qui s’accrochaient aux poils du chien de Georges de Mestral pendant une balade.
Envie de remonter à la source ? Voici le conte persan qui a soufflé le mot à Walpole.
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À chaque fois, le même ingrédient. Quelqu’un remarque le détail bizarre au lieu de le balayer. C’est là que ça devient une leçon pour nous, pas seulement une jolie anecdote. On a tendance à tout verrouiller, trajets optimisés au GPS, playlists qui devinent nos goûts, week-ends calés à la minute. Sauf que voilà, à force de ne jamais laisser de place au détour, on ne tombe plus sur rien.
Alors flânez sans but dans une librairie. Prenez la rue d’à côté. Discutez avec l’inconnu dans la file. La sérendipité ne se commande pas, mais elle a besoin d’un peu de vide pour se glisser dans une journée. Laissez-lui la porte entrouverte.
Crédit photo : Illustration générée par IA
