Le curling, ces balais et ces glissades qu’on prend pour une blague et qui cachent un vrai jeu d’échecs

Tous les deux ans, pendant les Jeux d’hiver, la même scène revient : des gens lancent une grosse galette sur la glace pendant que deux coéquipiers frottent le sol comme des forcenés avec des balais. On glousse, on zappe, on se dit que ce n’est pas vraiment un sport. Grosse erreur.

Le curling vient d’Écosse, où on y jouait déjà sur des étangs gelés au XVIe siècle. Les Écossais l’appellent le « roaring game », le jeu qui gronde, à cause du bruit sourd de la galette qui file sur la glace. Rien à voir avec une partie improvisée entre amis : c’est entré aux Jeux olympiques d’hiver en 1998, à Nagano, et depuis, les grandes nations du froid se disputent les médailles avec un sérieux de chirurgien.

Le principe est d’une simplicité trompeuse. Chaque équipe de quatre joueurs fait glisser ses galettes vers une cible dessinée au sol, la maison, et il faut en placer un maximum plus près du centre que l’adversaire. Sauf que la galette en question pèse entre 17 et 20 kilos, qu’elle est taillée dans du granit, et qu’une fois lancée, on ne peut plus la toucher. Tout se joue au balai.

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Et c’est là que ça devient malin. Les deux balayeurs ne frottent pas pour faire joli. En réchauffant la glace devant la galette, ils réduisent les frottements, la font aller plus loin et corrigent sa trajectoire au centimètre. Le skip, resté près de la cible, hurle ses consignes, et toute l’équipe ajuste en temps réel. On parle souvent d’échecs sur glace, et pour une fois la comparaison tient : chaque lancer prépare le suivant, on pousse une galette adverse, on en protège une autre, on ferme un angle.

Ce que j’aime, c’est que le curling ne demande ni muscles de culturiste ni jeunesse éternelle. On y joue très bien à cinquante ans, en famille, et l’esprit maison veut qu’on applaudisse le beau coup de l’adversaire. En France, c’est la Fédération des sports de glace qui gère la discipline, avec une poignée de clubs qui proposent des séances d’initiation sur une ou deux heures. C’est accessible, c’est tactique, et ça réchauffe plus qu’on ne croit.

La prochaine fois que vous tombez dessus à la télé, ne zappez pas trop vite. Essayez plutôt de suivre la stratégie, de deviner où va la galette avant les balayeurs. Vous ne regarderez plus jamais ces balais de la même façon.

Crédit photo : Illustration générée par IA