Johnny Marr sort le disque où il se sent enfin complètement lui-même
Depuis le temps qu’on l’écoute, on avait fini par le ranger dans la case du guitariste qui a tout inventé et qui accompagne les autres. Celui des Smiths, forcément, mais aussi de Modest Mouse, des Pretenders, de Hans Zimmer sur les musiques d’Inception. Et voilà que Johnny Marr, à 62 ans, sort « The Age Of Everything », son cinquième album solo, et le présente comme le premier disque où il se sent vraiment à l’aise, complètement lui. Venant d’un type qui joue sur des classiques depuis 1983, c’est quand même quelque chose à entendre.
Le titre lui est venu très tôt, et il ne l’a plus lâché. L’idée, c’est le vacarme du monde d’aujourd’hui, le trop-plein permanent, cette sensation que tout arrive en même temps et qu’on n’arrive plus à trier. Sauf que Marr ne se laisse pas submerger par le bazar ambiant, il le regarde en face et en fait des chansons. C’est confessionnel sans être plombant, et franchement c’est plutôt réconfortant à écouter par les temps qui courent.
Côté guitares, on reste en terrain connu, ce jeu reconnaissable entre mille, à la fois précis et liquide, qui arrose les morceaux de petites phrases scintillantes. Le single « Spin » donne le ton, avec un groove qui a quelque chose de lumineux et d’un peu inquiétant à la fois. Mais la vraie surprise, c’est le chanteur. Longtemps on a dit de Marr qu’il était un guitariste qui chantait un peu ; là, sur la ballade à trois temps « In And Out Of Love », sa voix porte vraiment le morceau. « How Come » sonne comme une ballade qui n’aurait pas déparé chez les Smiths, et « It’s Time » s’amuse à faire clin d’œil à ses propres riffs d’il y a quarante ans.
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La presse a suivi sans hésiter, avec un score de 81 sur Metacritic qui le range dans la catégorie des disques salués par à peu près tout le monde. C’est le genre d’album qui ne cherche pas à épater la galerie et qui, du coup, vieillira très bien.
Pour qui ? Pour ceux qui ont usé « The Queen Is Dead » en boucle, évidemment, mais aussi pour quiconque a envie d’une pop de guitares adulte, chaleureuse, qui prend le monde tel qu’il est sans se résigner. À écouter tranquillement, un dimanche pluvieux, le volume bien ouvert.
Crédit photo : Johnny Marr (visuel officiel)
